Le documentaire ARD “Les enfants allemands de France” – Programme d’adoption après la Seconde Guerre mondiale – SWR2

Les guerres créent de tristes destins. Et souvent ce sont les mères et les enfants qui souffrent. Après la Seconde Guerre mondiale, les soi-disant “enfants français” – enfants de soldats français et de mères allemandes – ont été emmenés dans des maisons d’enfants pour grandir sous de nouveaux noms dans des familles françaises. Pendant des décennies, beaucoup ne savaient pas qui étaient leurs parents biologiques. Un documentaire émouvant dans l’ARD décrit le contexte.

Deux femmes tentent de reconstituer les premières années de leur vie sous l’occupation

Le vrai nom de Marie-José est Maria Lydia. Sa famille l’a adoptée, elle le sait depuis longtemps. Elle n’a découvert qu’elle était l’enfant d’un soldat français et d’une femme allemande qu’après une bagarre avec sa mère adoptive. Dans une armoire, elle trouve le certificat d’adoption avec le nom de la mère et le lieu de naissance : Herxheim dans le Palatinat. Claudine a également une mère allemande. Elle est née à Fribourg sous le nom de Margarethe. Elle aussi cherche.

Le film d’Anja Unger accompagne les deux femmes dans leur tentative de reconstruction des premières années de leur vie. Le sentiment de se retrouver sans racines du jour au lendemain, de devoir reconstruire son identité, est dur. Certains ne le découvrent que plus tard, explique l’Alsacien Fernand Rumpler, qui s’est donné pour mission d’aider des personnes comme Marie-José ou Claudine.

Pourquoi les femmes ont-elles donné leurs enfants après la Seconde Guerre mondiale ?

Les mères se taisent, peut-être par honte, peut-être par amertume. Beaucoup ont été violées, mais beaucoup sont aussi tombées amoureuses des soldats, qui vivaient souvent avec eux sous le même toit. Pourquoi avez-vous donné vos enfants à l’époque après la Seconde Guerre mondiale ?

Il est clair que beaucoup de femmes avec de soi-disant “enfants français” ne s’en sortent pas bien. Si le père se dérobait à ses responsabilités, il n’y avait pas de rations alimentaires plus élevées pour ces femmes. Mais la puissance occupante a aussi fait pression, avec des soi-disant “officiers de recherche” qui tentaient parfois de convaincre les mères d’une adoption alors qu’elles étaient encore en train d’accoucher. La nation française, saignée à blanc par la guerre, manquait de jeunes talents. Elle a donc fait des enfants de parents français un enjeu politique.

Abandonné par la partie française et allemande

L’Etat français a procédé à une présélection stricte selon des critères profondément eugéniques, car seuls les enfants en bonne santé et, si possible, sans peau foncée devraient rafraîchir le “corps national”. Du côté allemand aussi, il n’y a pas eu de protestations majeures contre les adoptions quasi forcées, liées à la situation d’urgence de l’après-guerre ; Les enfants étaient considérés comme des “mangeurs supplémentaires”. Il n’est donc pas étonnant que des femmes comme Claudine se sentent abandonnées non seulement par les Français mais aussi par les Allemands.

Le film “Les enfants allemands de France” raconte un pan émouvant de l’histoire de l’après-guerre qui n’a jusqu’ici guère été couvert par les nombreuses initiatives de réconciliation franco-allemande. Notamment parce que l’État français a tout tenté pour garder sous clé les dossiers de ce programme de rapatriement. Après une période de blocage de plusieurs décennies, ils peuvent être visionnés en France. Le temps qui soi-disant guérit toutes les blessures ne fait que commencer ici.